Environnement de travail et bien-être

By / 14th août, 2015 / Art et entreprise / No Comments

Concilier la culture du travail et du loisir

Aménagement L’essor des nouvelles technologies et la part grandissante prise par les loisirs dans la sphère privée bouleverse le rapport des salariés au travail. Grâce à de nouveaux aménagements dans l’environnement de travail, l’entreprise peut tirer profit de ces tendances de fond. D’un espace uniquement dédié à la production, elle peut devenir un lieu propice à la fabrication de lien social et à la créativité. Dans l’intérêt de tous.

Travail et bien-être

«Aujourd’hui, nos espaces de bureaux doivent allier l’esprit d’Haussmann à celui du club Med». Cette phrase n’a rien d’une prophétie. Elle est le souhait de nombre de salariés et une réalité pour une minorité d’entre eux. Son auteur, Jean Viard, sociologue et directeur de recherche au CNRS et au Centre de recherches politiques de Sciences Po, va plus loin lors d’une conférence organisée par l’Observatoire de l’immobilier durable, le 10 juillet dernier, assurant que « la culture du non travail a durablement bouleversé la culture du travail ». Hélène Ouyang, directrice de la cellule Design & Identité chez Mobilitis, société de conseils et services en immobilier d’entreprise, explique que l’on « assiste à une mixité des temps professionnels. La frontière entre nos loisirs et notre vie de bureau s’estompe. On parle de nos sorties culturelles en réunion et on travaille sur un dossier aussi bien chez soi que dans le métro ». Cette association vie privée/vie professionnelle est particulièrement marquée chez les 25-35 ans, qui n’attendent plus seulement d’une entreprise un salaire ou un statut social, mais des expériences ludiques et des projets porteurs de valeurs et de sens.

Décomplexer le travail et l’environnement de travail 

Dans les faits, il n’est pas aisé pour une entreprise d’intégrer la notion de loisirs dans un espace de production. Pour nombre de managers, l’association est même antagoniste. Valérie Parenty, directrice associée de Saguez Workstyle, le constate régulièrement. « Les entreprises sont souvent réfractaires à créer des espaces qui n’ont pas pour vocation première le travail. Pour les rassurer, nous nous appuyons sur des études et des données chiffrées. Par exemple, 90 % des conversations qui ont lieu devant la machine à café, dans les cafétérias, cantines ou restaurants d’entreprise parlent du travail ». De quoi rassurer les sceptiques et pourquoi pas donner raison à Nicolas Maugery, fondateur de l’agence d’architecture Yad Initiative, dont l’objectif est de « décomplexer le travail ». Une approche également défendue par le cabinet d’architecte Chaix & Morel en charge de la modernisation du centre de recherche et développement de Michelin, à Ladoux. Constatant que les deux tiers des innovations n’avaient pas été pensés par les salariés devant leur poste de travail, le cabinet a imaginé des espaces ouverts, décloisonnés, intégrant les codes graphiques et les éléments de mobilier de l’univers du café- bar. L’objectif attendu : stimuler la créativité. Assistée par le cabinet Mobilitis, l’entreprise Direct Assurances a elle aussi intégré des espaces de détente, en installant sur chaque pallier d’ascenseurs une salle de jeux ouverte, avec des babyfoots ou encore de faux espaces verts. Le but? Favoriser les échanges entre salariés de différents services, tout en réduisant les temps de pause, ces derniers ne devant plus descendre en bas de l’immeuble.

Innovation et lien social

Pour Valérie Parenty, 90 % de l’innovation produite dans une entreprise serait le résultat d’échanges intra-services. Or, « l’essentiel de ces derniers s’effectue avec des individus situés à moins de 50 mètres… Il faut donc imaginer des espaces qui favorisent de nou- veaux rapports sociaux ». Au sein du groupe Lagardère, ce lien social a pris forme grâce à l’aménagement des espaces extérieurs. Aux beaux jours, ces derniers se transforment en de véritables espaces de tra- vail ouverts, connectés et informels. « Ces lieux ne doivent pas être une fin en soi mais un moyen pour l’entreprise de conduire son projet », conclut Hélène Ouyang, de Mobilitis, qui précise qu’à chaque création d’espaces ouverts, l’aménageur doit inclure des espaces individuels, favorisant la concentration et donnant les moyens aux sala- riés de se soustraire du groupe, du bruit, des flux d’informations. Si l’univers du loisir s’installe doucement dans l’entreprise, pour Ghislain Grim, directeur du pôle consulting, R&D et alliances stratégiques chez AOS France, il en est de même pour le jeu, qui devient peu à peu une composante de la formation. « Désormais, il est courant de voir des sessions organisées autour de serious game, de jeux de rôle, de plateaux ou de legos ». Certaines entreprises associent même aux salles de formations traditionnelles « des salles de créativité incluant des dispositifs de brainstorming, notamment des smart board électroniques ou encore des panneaux amovibles qui per- mettent de faire évoluer la configuration de l’espace ».

Effet de mode ?

Face à ces évolutions, l’entreprise doit toutefois se montrer vigilante et ne pas succomber à un effet de mode. « Certains espaces peuvent parfois souffrir d’un esprit trop jeune, trop relax, en opposition avec les valeurs de l’entreprise ou son histoire ». Dans ce cas, ces espaces risquent forts de se retrouver désertés. Nicolas Maugery insiste sur ce point, il ne suffit pas de mettre un joli canapé rouge pour que les salariés s’y installent : l’en- treprise doit s’associer au projet. « Il y a quelques années, Mac Donald a essayé de créer des espaces ouverts et décontractés mais cela a provoqué de la gêne en interne, car le management ne suivait pas ». En clair, comme le rappelle le sociologue Jean Viard, l’équilibre reste difficile à trouver tant « les codes de la culture du temps libre s’opposent à ceux de la culture du travail, encore très archaïques ».

Technologies et autonomie

Parallèlement à cette tendance de fond, l’introduction des nou- velles technologies a durable- ment modifié notre rapport à l’espace et au temps de travail. « Nous sommes dans une société collaborative, une société du lien continu », rappelle Jean Viard. Si l’accès au wifi est un prérequis dans les entreprises, d’autres outils numériques sont imaginés pour faciliter le travail, le rendre plus fluide. Au sein de la société Melty, le cabinet Yad Initiative a créé des zones à l’écart où ont été installés des écrans de télévision, iPads et vidéoprojecteurs qui retransmettent en direct la vie dans les autres bureaux euro- péens. « L’objectif est de provoquer des rencontres informelles et d’inciter les gens à échanger », explique le fondateur de l’agence qui a également installé un mur numérique, affichant toutes les statistiques et chiffres clés de l’entreprise, pour faire adhérer le personnel aux valeurs du groupe. Mais si ces technologies réinventent l’entreprise, elles créent aussi de nouvelles attentes chez les salariés, notamment celles de disposer de plus de liberté et d’autonomie. Ghislain Grimm en est persuadé, « il faut redonner des marges de manœuvre aux salariés pour qu’ils soient jugés uniquement sur leurs résultats ». Certaines expérimentations sont en cours, comme chez Schneider Electric et Generali qui, en collabo- ration avec deux agences spécialisées dans le coworking et le télétravail (LBMG Worklabs et Néo Nomade), travaillent à la création de tiers lieux. Des espaces de travail géographiquement éloignés du siège social mais plus proches du domicile du salarié, disposant de tous les outils technologiques nécessaires pour assurer une productivité optimale.

innovation bureau

Créer des espaces déconnectés

Développer des espaces et des outils connectés nécessitent la mise en place de gardes-fous. Pour prévenir les risques de rejet des salariés, qui saturent face à ce flux ininterrompu d’informations, l’entreprise doit replacer les technologies au bon moment et au bon endroit. La plupart des architectes et conseillers en immobiliers d’entreprises proposent donc d’aménager des espaces sans apport du digital. Valéry Parenty se souvient d’avoir conçu des salles de réunions informelles, totalement déconnectées, « n’existant que pour favoriser l’échange physique ». Car, le paradoxe de cette évolution de la société et de l’entreprise vers le tout digital, c’est qu’elle ne peut avoir lieu sans espace physique. Plus l’apport du virtuel est important, plus l’homme a besoin de se créer du sens, du présentiel. «On estime que 80 % des idées innovantes d’une entreprise naissent de relations interpersonnelles, et non derrière un ordinateur », confirme la directrice associée de Saguez Workstyle. De quoi rassurer les managers qui craignent pour l’existence du siège social en tant qu’entité physique.

Le siège social à réinventer

S’il faut admettre que l’entreprise n’est plus l’unique lieu de production, il semble rester l’espace privilégié des rencontres, du partage de valeurs, de la transmission de la culture. À travers de nouveaux espaces, de détente et de loisirs, elle se crée de nouvelles missions : favoriser le lien social, l’émulation de groupe, la créativité. Pour Nicolas Maugery, cette nouvelle vision du siège social est l’avenir car elle permettra de recru- ter plus facilement les nouveaux talents. « L’entreprise doit devenir un lieu « d’happen space », où sont organisés des conférences, des évènements fédérateurs, qui permettront aux salariés de se sentir intégrés à la dynamique collective, tout en étant assez autonomes pour travailler où et quand ils le souhaitent ». Cette vision, quelque peu idéaliste, permettrait en tout cas de concilier la culture du travail à celle du non-travail.

Céline Cadiou – Octobre 2014 – Arseg Info
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