Management : faire entrer l’entreprise au musée

By / 14th août, 2015 / Art et entreprise / No Comments

L’historienne de l’art qui veut faire entrer l’entreprise au musée

Ecrit le : 4 mars 2015

Hélène Mugnier pratique une bien étrange discipline : la subversion managériale. À l’origine conseillère en mécénat auprès d’entreprises, cette historienne de l’art constatait amèrement que les salariés profitaient rarement des œuvres acquises. De cette frustration est née une idée : lier art et management. Pour cela, elle emmène cadres et patrons dans les musées et les fait se confronter à des œuvres d’art contemporain.

Si « confronter » est le mot, c’est qu’un monochrome, une nature morte cubique ou une sculpture abstraite déstabilisent toujours. Mais surtout, parce la visite est l’occasion d’une rencontre entre deux mondes, l’art et l’entreprise, qui se côtoient peu. Pourtant, l’art, surtout contemporain, peut être utile à l’entreprise car il permet, selon Hélène Mugnier, d’ouvrir un œil neuf sur le monde. Elle veut donc établir des ponts entre le manager et l’artiste.

« Une vision ne vient pas d’en-haut »

« L’artiste est quelqu’un qui a une vision et une telle conviction qu’il arrive à l’exprimer. C’est ce qui manque au management », explique Hélène Mugnier. Après le premier coup d’œil sur une œuvre, les regards s’affutent et petit à petit les participants « mettent des mots sur ce qu’ils ont devant leurs yeux, l’œuvre change de visage ». Inutile d’étaler ses savoirs, de détenir des codes, « finalement, le propos le plus intéressant autour de l’œuvre est le débat avec les autres. […] On se rend compte qu’on ne voit pas tous les mêmes choses. » Sans connaissances ni code, « on peut malgré tout se forger une conviction », assure Hélène Mugnier.

Un débat utile qui permet de démontrer « qu’une vision ne vient pas d’en-haut ». « Nous avons la solution, insiste l’historienne de l’art, il faut accepter le problème, et se faire confiance pour faire émerger la solution en interne », poursuit-elle. L’art contemporain amène aussi à une réflexion sur l’innovation, devenue « course à l’échalote », selon la conférencière, un mythe du renouvellement technique illusoire dont il faut se détacher. « L’artiste contemporain est peu focalisé sur la technique », remarque-t-elle.

À la quête de notre identité professionnelle

Et pourtant, il innove, sans faire du nouveau ou dans la performance technique. Et d’ajouter : « En regardant une œuvre d’art contemporain, on entend souvent ‘cela est ni fait ni à faire’, raconte Hélène Mugnier. En réalité, l’artiste nous amène à mettre le doigt sur la question de l’identité professionnelle. Ce qui nous rend expert aujourd’hui n’est pas facile à nommer. Il n’est pas rare à 50 ans d’avoir derrière soi trois ou quatre vies professionnelles antérieures et l’écart entre le diplôme et ce qui est écrit sur sa carte de visite se creuse. Notre identité professionnelle est malmenée. L’artiste contemporain nous amène à nous questionner : qu’est-ce qui fait notre valeur dans ce que nous produisons ? » Et de conclure : « Notre valeur, c’est notre capacité à apprendre et à créer ».

Ariane Puccini

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